L'avortement, un moyen de contraception comme un autre ?

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La nouvelle campagne du ministère de la Santé, intitulée « Choisir sa contraception » et soutenue par le Planning Familial à grand renfort de publicité, place l’avortement sur le même plan que la pilule ou le préservatif. Mais plusieurs guides accessibles en ligne sur le site de la campagne (www.choisirsacontraception.fr) mettent en relief les incohérences de la politique actuelle en matière d'IVG. Une campagne qui fait suite aux publicité à la gloire de l'avortement de janvier 2008, qui avait relancé la polémique en France. Après tout, on ne "consomme" pas l'avortement comme n'importe quel autre produit. Le marketing de l'avortement était ainsi inapproprié.

 

Un premier guide, intitulé « Pour une meilleure prévention de l’IVG chez les mineures » se présente sous la forme d’un rapport du Haut Conseil de la Population et de la Famille pour le ministère de la Santé, en décembre 2006. Il pointe du doigt « le mauvais usage de la contraception », et « le manque d’information ». Son but : obtenir une réduction de l’IVG en France.

 

 

L’avortement, un échec

« L’avortement en France joue essentiellement un rôle palliatif lors de l’échec de la contraception », peut-on lire en introduction. Fait nouveau, le but de ce rapport est clairement d’obtenir une réduction de l’IVG en France : « Proposer des mesures préventives qui devraient permettre d’améliorer la situation des adolescentes qui, dès le début de leur vie sexuelle, risquent de se voir confrontées à une grossesse non désirée, et donc de diminuer leur recours à l’IVG. Ces mesures devraient avoir des répercussions à terme sur le nombre global d’IVG en France, l’amélioration de l’éducation et de l’information des adolescentes n’étant pas sans conséquence sur la gestion ultérieure de leur fécondité. » Une façon de reconnaître à demi-mot que le recours à l’avortement n’est pas sans conséquence pour la femme et sa sexualité, même si le syndrome post-abortif - des remords qui peuvent aller, pour la femme, jusqu’à la dépression nerveuse voire au suicide - est encore loin d’être évoqué. « L’IVG, c’est toujours une situation douloureuse à vivre et évitable par une contraception adaptée », précise aussi le guide « questions d’ados » proposé par ce même site, pour qui « les méthodes efficaces de contraception permettent une diminution des naissances non désirées ou mal planifiées ».

 

La solitude des femmes ayant recours à l’avortement

« L’analyse des femmes concernées montre que ce sont essentiellement les femmes qui vivent seules qui ont recours à l’IVG. Les difficultés sont accrues pour les mineures qui ne savent pas toujours où s’adresser et cachent leur grossesse dans la plus grande solitude jusqu’au risque de dépasser le délai légal ». Ainsi, selon ce rapport, la moitié des femmes ayant recours à l’avortement seraient célibataires. Raison de plus pour accompagner ces femmes seules en les aidant à accueillir leurs enfants lorsqu’elles le désirent au fond d’elles-mêmes.

 

L’avortement peut résulter de la pression de l’entourage

Le guide poursuit en précisant : « La décision de recourir à l’IVG n’est pas de même nature que celle d’utiliser la pilule ou le stérilet… (…) Une grossesse refusée n’est pas nécessairement le fruit d’une conception involontaire : elle peut résulter d’une pression de l’entourage à laquelle la femme a finalement cédé ». Une question là encore passée sous silence : comment aider la femme à ne pas céder aux pressions de l’entourage, pour qu’elle puisse décider seule de garder ou non l’enfant qui naît en elle ? La responsabilité de l’homme lui-même - le grand absent de ce débat - n’est pas non plus soulevée, comme cette injonction hélas bien connue : « avorte, ou je te quitte ! ». Il faudrait pourtant y répondre.

 

Source : JDD, par jbmaillard