Algérie : rencontre de sensibilisation sur les risques de l'IVG

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Après la célébration de la Journée mondiale de l’enfance, l’Association algérienne pour la planification familiale (Aapf) a organisé, au niveau de l’auberge de jeunesse de Bouira, une rencontre de sensibilisation sur les risques liés à l’avortement ou l’interruption volontaire de la grossesse (IVG). Y ont pris part des médecins spécialistes, des sociologues, des docteurs en sciences islamiques et juridiques, des représentants des services de sécurité ainsi que des responsables des différents secteurs de santé au niveau de la wilaya et des membres d’associations caritatives.

Pour la première fois, les différents participants ont débattu de l’avortement en général, longtemps considéré comme un sujet tabou dans notre société. Ils ont abordé les dangers qui peuvent affecter la santé de la mère et établi que l’avortement à risque est une cause majeure de décès et de handicap pour beaucoup de femmes et qu’il peut être aussi à l’origine de la stérilité chez ces dernières. Au cours de leurs interventions, des spécialistes ont tenté d’expliquer les différents types d’avortement qui sont les plus connus dans les milieux médicaux, à savoir l’avortement naturel qui survient à cause d’une maladie de la mère ou dans des cas de maladies génétiques, l’avortement thérapeutique recommandé et pratiqué sur avis du médecin dûment assermenté pour sauver la vie de la mère tel qu’il est stipulé par l’article 72 de la loi 85/05 du 17 février 1985 et, enfin, l’avortement criminel qui est sévèrement réprimé par le code pénal. Les organisateurs ont indiqué qu’en 2007 il a été enregistré près de 8 000 cas d’avortement à travers le pays, contre 77 500 naissances, ce qui représente, environs 10,5 avortement pour 100 naissances, ajoutant que sur 78 femmes décédées après avoir interrompu volontairement leur grossesse, il y a 21 cas d’avortement clandestins. Un autre participant a déclaré, sans autres précisions, qu’il y aurait en Algérie une moyenne de trois avortements clandestins pratiqués chaque jour, souvent dans des conditions ne répondant pas aux exigences médicales et qui exposent les femmes à des risques énormes. Sur le plan médical, Dr Malki, président de l’Aapf au niveau de Bouira, a parlé des conséquences de l’avortement à risque comme les infections de l’utérus et les nombreuses séquelles qui peuvent affecter la santé des femmes, comme la salpingite et la paramétrite, ainsi que les troubles psychiques (la névrose et la culpabilité). Le même intervenant a parlé aussi du risque de stérilité, des irrégularités menstruelles, de la métrorragie et des aménorrhées.

Du côté des juristes, on déclare que «tout avortement ne répondant pas à la législation en vigueur est un crime sévèrement puni par la loi». Pour cela, le Dr Si Youcef, maître de conférences au centre universitaire de Bouira, a fait lecture de certains articles de loi, notamment les articles 304, 305 et 306 du code pénal qui pénalisent l’acte d’avortement et citent les personnes pouvant être incriminées, sauf dans le cas où l’avortement est indispensable pour sauver la vie de la mère en danger et qui est ouvertement pratiqué par un médecin ou un chirurgien après avis de l’autorité administrative. Concernant l’aspect religieux, un docteur d’Etat a indiqué que les quatre rites de l’islam s’accordent sur le fait qu’«à partir du quatrième mois de grossesse, période à laquelle le fœtus prend la forme humaine, l’avortement est illicite sauf dans quelques cas comme celui dans lequel le fœtus présente des tares majeures pouvant porter atteinte à la mère ou celles de malformations dangereuses pour le bébé».

Selon certains intervenants, chaque année, près de 46 millions de cas d’avortement sont enregistrés à travers le monde, faisant référence aux chiffres établis par l’OMS, lesquels indiquent que 20 millions de cas concernent l’avortement à risque et dont 5 millions touchent des adolescentes. Par ailleurs, le représentant des services de sécurité a déclaré que, durant l’année dernière, 18 bébés mort-nés ont été retrouvés, parfois au niveau des décharges dans la wilaya de Bouira.

Source : La Tribune