En Russie, le retournement de tendance se confirme

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Marina Chechneva, qui pratiquait autrefois des avortements se rappelle bien les pratiques d’autrefois, les gynécologues travaillants dans des hôpitaux d’Etat semblables à des usines soviétiques. Elle se rappelle les femmes qui « utilisaient l’avortement comme une sorte de week-end de vacances, car dans l’URSS, elles avaient trois jours de repos ». Maintenant, Chechneva écrit des articles sur le développement du fœtus espérant encourager une réelle opposition publique contre l’avortement. « Ils devraient se rendre compte que ce qu’ils font est déjà un meurtre », déclare-t-elle.

Et en effet, en Russie, un mouvement anti-avortement commence à se développer. Une prise de conscience morale, mais aussi et surtout par les dangers démographiques que représente l’avortement de masse : la Russie a atteint autrefois le chiffre effrayant de deux avortements pour une naissance. En 2007, la Russie comptait un tout petit peu plus de naissances que d’avortement. Un chiffre cependant inexact, vu l’augmentation des avortements dans des cliniques privée ne rendant aucun comptes. Et le gouvernement tente désespérément d’inciter les russes à avoir des enfants, alors que la Russie perd petit à petit sa population. 

Mais « l’attitude a changé », insiste Alexander Medvedev, médecin pratiquant l’avortement. « les médecins essaient de dissuader les patients d’avorter. Maintenant des jeunes de moins de 20 ans viennent nous voir ayant déjà réalisé deux ou trois avortement, et c’est horrible ». Il faut dire que les contraceptifs restent impopulaires et l’avortement est utilisé comme moyen de contraception.  De nombreux gynécologues luttent ainsi avec leurs moyens « C’est très important pour moi de leur montrer les images de l’échographie de leur fœtus. Cela stoppe la plupart d’entre elles » raconte Natalia Smirnova, gynécologue. « Je leur demande de m’expliquer et de me donner les raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas poursuivre leur grossesse. Je ne me satisfait pas d’un « j’ai peur ». […] Il y a des situations où j’appelle moi-même la mère. En appelant la mère, le compagnon, le futur père, vous pouvez souvent gagner et changer sa décision pour qu’elle poursuive sa grossesse ».Et même si la loi requière le consentement parental seulement pour les enfants de moins de 16 ans, de nombreux docteur fixent la limite à 19.

Du côté des jeunes filles, elles abordent la question comme pour une décision médicale ayant des effets secondaire étonnement violents :  « Vous tuez non seulement un enfant, un être humain, mais aussi une part de vous-même, quelque chose qui était vivant en vous », raconte Irina, une moscovite de 25 ans ayant déjà eu trois avortements. « C’était plus difficile que ne l’imaginait ». Irina, sans emploi malgré un diplôme en comptabilité n’a jamais utilisé de contraceptif. Marié à un premier homme, puis à un second qui ne voulait pas d’enfant, elle fit la queue pour obtenir des avortements gratuit dès qu’elle se vit enceinte, par trois fois.

Même si personne n’envisage vraiment de changer radicalement la loi, le gouvernement a tout de même récemment imposé de nouvelles restrictions après 12 semaines de grossesse et durci le langage des papiers officiels. Ainsi, les avortements tardifs, qui étaient accepté aussi facilement que les avortements avant 12 semaines, sont désormais des exception (urgence médicale, décès du père par exemple).

Karpovich est l’une des origine de la loi qui a obligé les médias à montrer l’avortement sous un jour moins neutre. Elle encourage également les mesures d’encouragement à la natalité par des aides financières et la création de crèches. « Comme sur les paquets de cigarettes ou les bouteilles d’alcool, la publicité pour l’avortement devrait prévenir des conséquences. Que cela peut rendre infertile, que des changements néfastes peuvent se produire dans l’organisme féminin ». Enceinte de son cinquième enfant, elle déclare « comme femme russe et mère, je sens que mon enfant a un futur, que mon pays a besoin de moi et de mes enfants ». Mais si Mme Karpovich ne semble pas être dans la pauvreté et l’absence de foi dans l’avenir, de nombreuses femmes russes se plaignent de ne pas avoir vraiment profité de la manne pétrolière.

« Cela fonctionne ainsi : la première priorité est d’avoir une carrière, ensuite un appartement, ensuite une voiture », explique Yulia, 21 ans, secrétaire dans une entreprise textile « Ensuite, c’est tout à coup trop tard pour avoir un enfant, et ça vous torture tout le temps ». L’année dernière, Yulia se retrouva enceinte de huit semaines. « Le mec avec qui je sortait était complètement contre avoir un enfant, et je ne voulais pas non plus avoir un engant avec lui, spécifiquement ». « C’est trop facile, aujourd’hui. Vous avez juste à le faire, et personne n’y pense vraiment. » Après son avortement, rien ne changea. Elle continua avec son petit ami, sans contraceptif. Six mois après, elle était de nouveau enceinte. Cette fois, le médecin lui dit qu’elle ne pouvait pas avoir un nouvel avortement aussi vite. Elle trouva alors une clinique privée moins regardante.

 

Source : Los Angeles Times