Espagne - 309 années de prison requises contre un médecin auteur d'une centaine d'avortements illégaux

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Le scandale aurait été découvert par une télévision danoise. Carlos Morin, un médecin péruvien installé en Espagne, doit répondre ces jours-ci devant la justice de 101 avortements illégaux réalisés avec son équipe dans des cliniques barcelonaises jusqu'en 2007. Morin est accusé de délit d'avortement illégal, de conspiration et de falsification, tout comme son épouse, Maria Luisa Duran, tenue responsable de 66 de ses interruptions de grossesse. Le procureur a requis 204 années de prison contre elle... et 309 contre lui. 

Les faits se sont déroulés dans les cliniques Ginemedex, où convergent des centaines de femmes d'Espagne, mais aussi de toute l'Europe. Leur objectif : subir un avortement rapide sans avoir à s'expliquer sur leurs motivations, ce que Morin et son équipe ont facilité pour des femmes dont la grossesse était avancée au-delà de sept mois et demi. Des faits illégaux en Espagne : depuis juillet 2010, les Espagnoles peuvent, certes, avorter légalement sans justification, mais jusqu'à 14 semaines de grossesse. Et encore, cela reste la théorie. Car certaines communautés autonomes refusaient encore de l'appliquer il y a quelques mois, alors que ce sont elles qui sont chargées de la politique sanitaire dans leur région.

Dans l'équipe de Morin, le scénario était bien rodé : pour les interruptions de grossesse les plus avancées, l'équipe invoquait une vieille loi espagnole qui autorise l'avortement sans limitation de temps en cas de risque grave pour la santé physique ou psychologique de la mère. Mais, dans les faits, la majorité de ces femmes n'étaient même pas vues par un spécialiste. Pour camoufler ces irrégularités, Morin comptait sur l'aide de deux psychiatres qui signaient les rapports sans même avoir vu les patientes. La justice a requis à leur encontre 62 et 201 années de prison.

Pour justifier son réquisitoire, le procureur a expliqué considérer que Morin avait créé "une structure destinée à réaliser quasiment exclusivement et en permanence des interruptions volontaires de grossesse, sans se soumettre à aucune obligation légale ni à un quelconque délai". Devant la juge qui a instruit le dossier, le médecin péruvien a reconnu s'être occupé ces derniers mois "de nombreuses mineures" et avoir facilité l'avortement de filles de 13 ans. En février dernier, la juge avait imputé la responsabilité de ces interruptions de grossesse au médecin, disculpant ainsi les femmes qui avaient avorté.

Source : Le Point