IVG médicamenteuse : moins on en parle, plus ça fait mal

PDF versionPDF version

Frange coupée court, regard bleu un peu triste, Ania, 19 ans, ne s'est pas encore remise de cette expérience qu'elle a vécue dans une grande solitude : il y a deux mois elle a subi un avortement médicamenteux, comme près de 110 000 femmes cette année.

Avant, pendant et après l'avortement, elle dit avoir été trop peu conseillée et entourée. Que ça soit par le Planning familial ou le personnel hospitalier.

« On ne m'a pas dit lorsque j'ai choisi la méthode médicamenteuse que je perdrai des poches de sang, que je verrai le fœtus [à ce stade de gestation, il s'agit d'un embryon, ndlr] et que j'aurai des contractions. »

Depuis 2004, les médecins de ville (hors hôpital) peuvent prescrire les médicaments qui provoquent l'avortement. La prise du premier médicament, le Mifépristone, a lieu en présence du personnel médical. Le deuxième médicament, le Misoprostol, peut être pris chez soi, avec la possibilité de téléphoner à son médecin traitant si besoin.

C'est la partie la plus impressionnante de l'avortement, qui comprend l'expulsion de l'embryon.

« C'est long, ça dure quatre jours en tout »

Elle a bien rencontré une psychologue avant la prise des médicaments, mais leur entretien n'a porté que sur les moyens de contraception. Rien sur les éventuelles conséquences psychologiques de l'avortement.

L'AVORTEMENT MÉDICAMENTEUX EN FRANCE
  • Les IVG par voie médicamenteuse sont pratiquées jusqu'à la fin de la cinquième semaine de grossesse (soit sept semaines d'aménorrhée)
  • Sur les 220 000 IVG pratiqués en France, la moitié sont désormais des avortements médicamenteux.
  • En région parisienne, 11% des avortements ont lieu en ville et donc par voie médicamenteuse.
  • Trois parcours sont possibles pour se faire avorter par médicaments : l'hôpital, le centre de planification ou le médecin de ville.

Un accompagnement est prévu par la loi, mais le souci vient plutôt d'une perception faussée de cet acte médical.

Sophie Eyraud, médecin généraliste et co-présidente de l'Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (ANCIC), explique :

« On a l'impression que l'on va prendre des médicaments et que pouf ! C'est comme prendre un cachet d'aspirine. Or cela provoque une fausse couche. Et puis c'est long, ça dure quatre jours en tout. »

Le choix de la méthode d'IVG est donc crucial, et c'est ce sur quoi insiste Danielle Gaudry, du Planning familial  :

« On est là pour leur montrer que la prise de médicaments n'est pas forcément plus simple. Les femmes vivent l'avortement en direct, donc il faut qu'elles soient bien informées sur les contraintes liées à l'IVG médicamenteux pour se prononcer. »

« Ma libido a beaucoup baissé »

Les suites de cette IVG, perçue comme se situant à la frontière entre un acte de contraception – la prise de comprimés – et l'intervention chirurgicale, sont peu abordées. Les femmes vont alors plutôt chercher des informations sur Internet. Le forum de Doctissimo recueille les inquiétudes. Les femmes s'y rassurent et partagent leurs expériences.

« L'intérêt de la méthode médicamenteuse c'est aussi d'éviter les regards des gens à l'hôpital. Si on peut faire ça via un médecin généraliste et rester chez soi, je vais voir... » écrit delfine11.

Ania aurait aimé que l'on parle avec elle de la sexualité, après.

« J'ai perdu beaucoup de sang lors de l'avortement. Pendant un mois, mon corps était juste destiné à expulser cet œuf, et je ne me sentais même plus femme.

Dans les semaines qui ont suivi, lorsque mon copain me touchait, je ne voulais pas en entendre parler. Aujourd'hui, on recommence à avoir une vie intime. Mais ma libido a beaucoup baissé... “

 

Source : Rue89