Espagne : nouvelle manifestation de prévue

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Les opposants au projet de loi du gouvernement Zapatero sur l'intervention volontaire de grossesse (IVG) manifesteront, dimanche, à Madrid.

Elle s'est assise lourdement à son bureau, fatiguée d'avoir une fois encore couru la ville pour « aider des femmes désemparées par des grossesses inattendues ». Dans ce rez-de-chaussée un peu froid d'une HLM de Tetuan, un quartier populaire de Madrid, elle a entrepris de raconter son histoire, comme elle l'a fait des dizaines de fois. Presque machinalement.

« À la fin de l'intervention, se souvient-elle, le docteur et son adjointe m'ont abandonnée avec les restes de mon fils à côté de moi, dans un sac poubelle. Pas un simple tissu, comme ils l'avaient dit, mais un être humain de douze semaines. Longtemps après, j'ai fait des cauchemars. » Témoignage cru et brutal. À l'espagnole. Esperanza Puente en a fait un livre, Rompre le silence.

« Zapatero se fait des ennemis »

Elle est un des fers de lance de l'opposition au projet de loi du gouvernement socialiste sur l'avortement. Avec Benigno Blanco, le président du Forum espagnol de la famille, « 5 000 associations, 4 millions de familles », « non confessionnel, non partisan ».

Dans ses bureaux du centre de Madrid, les médias se succèdent. « L'avortement, insiste-t-il, est une tragédie pour les femmes. Il faut l'éviter, donner aux femmes des alternatives. » C'est ce que tente de faire, depuis 2007, Red Madre, le réseau d'Esperanza Puente.

Depuis 1985, les Espagnoles peuvent avorter, mais dans trois cas bien précis : viol (délai de douze semaines), malformation du foetus (vingt-deux semaines), sans limite s'il y a risques physiques et psychiques graves pour la femme. Le nouveau projet de loi dépénalise l'IVG, prolonge l'intervention jusqu'à quatorze semaines.

Les opposants n'ont jamais totalement désarmé. « Il y a quelques mois, s'inquiète Empar Pineda, de la clinique Isadora, à Madrid, on a porté plainte contre nous. La garde civile a saisi des foetus. Une véritable inquisition. Ils nous ont demandé le nom et l'adresse des femmes qui avaient avorté chez nous. Ils ont perquisitionné. »

Le débat secoue durement la société espagnole. L'opinion est partagée. L'église catholique, qui conserve une grande influence, menace d'excommunication les élus qui voteraient la loi. « Zapatero est en train de se faire beaucoup d'ennemis, constate Kattya Cascante, politologue à la Fondation Alternativas. Jusqu'à présent, il avait pris avec des pincettes les classes aisées et conservatrices de ce pays. Avec le débat sur l'IVG, il les affronte et, du même coup, l'église catholique. » Adoption d'ici au printemps. « Des milliers de personnes travaillent déjà pour qu'elle ne soit pas appliquée », prévient Benigno Blanco.

Source : Ouest France