Interview avec Axel de Boer, président du parti Solidarité

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Il ne cache pas ses convictions religieuses, n'y voit aucune entorse à la laïcité et récuse toute incompatibilité entre affichage religieux et engagement politique. Catholique pratiquant, Axel de Boer conduit la Liste chrétienne, constituée en Ile-de-France pour les élections régionales. Un dessin d'enfant rehaussé d'un soleil barré d'une croix chrétienne illustre l'affiche de campagne. Au programme, la doctrine sociale de l'Eglise et le "respect de la vie", autrement dit le refus de l'avortement. La liste revendique le soutien de l'association militante A.M.E.N, acronyme pour Arrêtons le massacre des enfants à naître.

Axel de Boer, 39 ans, a fondé en 2008 le parti Solidarité, liberté, justice et paix. Son engagement politique est né de son "combat pour la vie", lui-même motivé par sa découverte "du drame de l'avortement" : "50 millions de morts par an, un génocide rwandais par semaine, 7 millions de morts en France depuis l'adoption de la loi Veil", égrène-t-il. Par deux fois, assure-t-il, son militantisme lui a permis d'obtenir la reconnaissance, par l'Eglise, du baptême de foetus avortés. Un acte rarissime.

Sa démarche aujourd'hui se veut "politique et non confessionnelle". Il la juge conforme à l'appel de Benoît XVI qui "invite les catholiques à s'engager en politique" pour promouvoir "les sujets non négociables à ses yeux : la famille et le respect de la vie". D'où les propositions de la Liste chrétienne pour favoriser "dans les hôpitaux, les alternatives à l'avortement" ou proposer dans les lycées "une prévention de l'avortement" et "la création de crèches dans les facultés et les lycées".

Pour la tête de liste, ce substrat catholique ne heurte en rien la laïcité. "La France est une terre chrétienne. La laïcité, ce n'est pas l'absence de religion dans le débat public. Nous sommes certes l'émanation politique d'une pensée fondée sur des valeurs chrétiennes. Mais il ne s'agit pas pour nous de défendre une religion contre une autre ou d'appeler à une théocratie. Nous défendons le respect de l'homme."

Susciter un débat

Le baptême du feu politique de M. de Boer remonte à 2009, lors des européennes. Son score de 0,15 % ne l'a pas découragé et il entend désormais s'inscrire "dans la durée" pour capter "le vote chrétien" qui, selon lui "se détache des partis traditionnels". Le candidat ne se veut "ni de droite, ni de gauche, ni du centre". Aussi regrette-t-il qu'en France, "les défenseurs de la vie soient toujours assimilés à l'extrême droite. Nous souhaitons susciter un débat dans la société comme les écologistes l'ont fait il y a quarante ans".

La polémique autour de la candidature d'une jeune femme voilée sur une liste du NPA constitue pour lui "un non-événement". "Ce foulard est un signe communautariste, pas celui d'une pensée politique", estime M. de Boer. "Si un jour une liste musulmane se constitue, je serais curieux de voir si elle peut présenter un programme à portée universaliste et non pas communautariste."

Plusieurs têtes de liste Front de gauche ont dénoncé, mercredi 24 février, la présence "de fous de Dieu dans une campagne républicaine", s'indignant "des atteintes portées au principe de laïcité et aux droits des femmes, premières victimes des intégrismes religieux".

Source : Le Monde