Belgique : une circulaire pro-IVG crée la polémique

PDF versionPDF version

Intitulée « 20 ans du droit à l’avortement en Belgique » et portant le n°3455, elle a été envoyée le 9 février  par la Direction générale de l’enseignement à toutes les directions et à tous les pouvoirs organisateurs des écoles secondaires. Les personnes intéressées sont invitées à commander gratuitement un dossier pédagogique ainsi qu’un documentaire (Le corps du délit, 26′) produits par le Centre d’action laïque (CAL), avec l’appui des centres de planning et du Groupement des centres extra-hospitaliers pratiquant des avortements (Gacepha).

L’objectif de ces productions est de sensibiliser les jeunes sur les aspects médicaux et pratiques de l’avortement en Belgique. Il s’agit de les informer et de leur donner des éléments de réflexion pour aborder un sujet toujours sensible, car il met en jeu à la fois l’intimité de chacun – qu’on soit élève ou professeur – et notre rapport au monde, à la vie.

La circulaire renseigne également un site web – www.ulb.ac.be/cal/ivg – ainsi qu’un numéro de téléphone où l’on peut se procurer ces différents supports.

Bien évidemment, des dents ont grincé… dans le réseau libre, mais pas seulement.

Primo, le 20e anniversaire de la loi Lallemand-Michielsens, c’était l’année dernière (en avril 2010), mais passons… Secundo : sur le fond, il s’agit d’une publicité massive et directe en faveur du CAL, organe représentatif de la laïcité belge et de son idéologie.

Alors, propagande ou simple outil d’information? La question mérite d’être posée. La loi du 29 mai 1959 (article 41) interdit toute activité et propagande politique ainsi que toute activité commerciale dans les écoles. Depuis 2007, une commission spéciale veille au grain. Mais la circulaire en question n’aurait pas encore été examinée.

L’article 41 a-t-il été bafoué?

Cela n’empêche pas l’un de ses membres de se demander si « l’administration a réellement respecté le sacro-saint principe de neutralité de l’État (articles 10 et 11 de la Constitution). » Le doute est permis.

Au-delà de la communication, le contenu de ces outils pédagogiques pourrait-il poser problème? On connait la position du CAL vis-à-vis de l’avortement, une vision pro-IVG qui cadre avec les valeurs progressistes du monde laïque (liberté de conscience, droit des femmes, etc.). Mais qu’auraient pensé les laïques si l’administration avait diffusé un document anti-avortement produit par la Conférence épiscopale ou par l’Exécutif des musulmans?

A la direction de l’enseignement, on essaye de calmer le jeu. Lise-Anne Hanse, la directrice générale de l’enseignement obligatoire, signataire de la circulaire, soutient qu’il ne s’agit en rien d’une action de propagande.

Il appartient aux chefs d’établissements et aux enseignants en tant que « passeurs de pouvoir », et dans le respect de la philosophie du décret-mission, d’aider les élèves à devenir de véritables citoyens. Ces supports pédagogiques servent de base. A eux de les utiliser avec le regard qui est le leur et le recul nécessaire.

Est-il envisagé de diffuser d’autres outils faisant entendre un « autre son de cloche »?

C’est la seule demande que nous ayons reçue. Et ces outils ont été soutenus par l’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes et par la Communauté française.

Le MR exige que l’on mette fin au cafouillage des circulaires

L’opposition libérale, par la voix de sa Chef de Groupe au Parlement de la Communauté française, Françoise Bertieaux, a invité la ministre Simonet à « mette un terme au cafouillage des circulaires dans son administration. »

Ce qui m’interpelle dans l’envoi de cette circulaire, c’est qu’elle contient de nombreux éléments qui vont à l’encontre de l’article 41 du Pacte scolaire qui interdit toute propagande au sein des établissements scolaires. Et si l’on accepte ceci, c’est la porte ouverte à toutes les dérives… Demain ce seront les églises ou les mosquées qui enverront leurs brochures ! En un mois, les incidents se succèdent. Il y a peu, c’était l’envoi d’une circulaire ayant rapport à un décret Inscriptions, alors que le texte à examiner n’était pas encore déposé au Parlement !

Le groupe MR est bien décidé à interpeller la ministre de l’Enseignement et a donc écrit au Président du Parlement pour que ce point soit inscrit à l’ordre du jour de la prochaine séance. La question de la neutralité de l’État sera donc au centre du débat.

Source : enseignons.be